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Une vie en trois phrases et quelques lignes. Qu’y a-t-il entre ces lignes, au delà de ces phrases, au détour de ces lieux ?

Une enfance entre mer et collines, entre le port d’Alger et le désert, entre la transparence des criques et la poussière grise d’une cimenterie immense, entre les odeurs d’algues, de lentisques, d’épices et les couleurs des paysages secs, nourris du soleil d’Afrique du Nord. Les danses des Aissaoua, le brouhaha amical des clients du café paternel, la complicité des frères, la solitude de la pêche sous marine, la découverte de la nature dans les proches collines et les amis artistes dont Mohamed Aksouh, Erik Borja, Boudjemâ Bouhada, Guy Gilles, Denis Martinez, Jean-Claude Picard, Alain Viguier ainsi que Mohamed Racim, miniaturiste et Henri Cordreaux, homme de théâtre. Tout un monde qui laisse des traces, s’imprime, s’oublie et revient.

Du paysage d’enfance Le père les pierres en passant par les paysages imaginaires de la série des « Miniatures » des années 1970/1980 aux grands paysages des années 1990, l’infiniment petit du fond de la mer aussi bien que les horizons lointains du désert ré apparaissent transformés, transfigurés. Derrière l’apparente abstraction des Danses nomades sous leur différentes versions resurgissent les mouvement rythmés des danses des Aissaoua.
Au cours des années 1970, un autre sujet s’impose : la guerre du Vietnam. Feu, armes, destruction, enfance derrière des barbelés d’un côté. Grues, machines, ouvriers, transformation devant paysage utopique de l’autre. Cycle de mort et de vie dans un seul tableau Ville ouverte.

Destruction, construction, chantier. La Rue barrée reprend, en grand, ce thème. Chute de pierres, des hommes au travail, le transfigure, lui confère un accent, un espace presque mystique. Transfiguration s’inspirant des tableaux, des visages hors du temps du Quattrocento italien.

Corps, matière et technique. Le nageur avec son mouvement décomposé glisse entre eau et configuration abstraite. Le grand A se bat avec des éléments de machines dans un espace multiforme rythmé de signaux, de technicité et de vol d’oiseaux. Les frontières entre figuration et abstraction ne sont jamais étanches dans la peinture de Jean-Pierre Bellan. Abstraction lyrique, figuration critique, quel nom lui donner ? Il n’y a pas non plus de périodes précises séparant les deux et qui se relaieraient, suivant les chemins de la « modernité ». La modernité de Jean-Pierre Bellan se construit selon le rythme de sa propre évolution, selon les nécessités que lui impose sa recherche : « rendre par des clairs et des sombres, des rythmes et des formes, figuratives ou pas, l’ininterrompue interférence des images qui se succèdent dans la pensée. »

Se détournant de l’histoire, les années 1980 montrent son intérêt pour la mythologie. Les Fouilles archéologiques mettent au jour la brutalité d’un Minotaure sacrificateur. Le terrassier et l’architecte apparaissent comme des figures intemporelles devant la profondeur d’un paysage. Aux marges de L’emmuré, prisonnier de l’histoire ou de lui-même, un personnage tombe. La gîte suggère l’architecture d’un bateau de pêche avec ses gréements comme un lieu d’effort et de plaisir vers une transcendance pourtant matérialiste.

Ce n’est que dans les années 1990 que s’ouvrent à nouveau de larges horizons de paysages en grand format. Le port des pigments, paysage aux sacs d’épices remplis d’ocres, de carmin, de cobalt, de senteurs sur bateaux en radoub. Paysages de citées entre terre et mer au ciel utopique.

Mais le lointain ne se conçoit qu’à partir du plus près, de la table de travail, de l’atelier, d’objets du quotidien, d’humbles nourritures, œufs, fruits et toujours à nouveau de poissons comme dans Paysage attablé. Des natures mortes qui, bien mieux, en allemand s’appellent « Stilleben », vie silencieuse. Encore qu’elles soient, elles aussi, remplies d’infinis détails et de mouvements rythmés. Musicalité rythmée, danse, couleurs de terre aux nuances infinies réapparaissent enfin dans les derniers tableaux Cité nomade, Alluvions, Les ponts, La vallée close.

Monika Bellan-Lullies

Expositions >

Jean-Pierre Bellan à la Chapelle du Groseau (vidéo)  >

Parcours | 2011 | Bio 3